Fil de navigation

Présence d’un dortoir exceptionnel de Pinsons du Nord

en Brabant wallon, durant l’hiver 2013-2014.

« Le soir, au-dessus du village, ils défileront en longues colonnes serrées,  se dirigeant vers quelque vallon solitaire pour y passer la nuit ».

C’est ainsi que Paul Géroudet (1) décrit les vols des Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla L.) lorsqu’ils se dirigent vers leur dortoir hivernal avant la tombée de la nuit. Il précise  que « c’est là un des traits les plus singuliers de l’espèce, que cette habitude de former une communauté nocturne dans une forêt abritée du vent et du froid, de préférence dans un vallon ».

Ce magnifique spectacle, très rare en Belgique,  pouvait être admiré à La Hulpe, en bordure de la Forêt de Soignes, durant l’hiver 2013-2014. Pas moins de 60.000 (2) de ces pinsons s’y réunissaient, chaque soir, pour passer la nuit dans un vallon, près du sol et au bord d’un étang, à l’abri des vents, dans de grands massifs de Rhododendrons pontiques (Rhododendron ponticum L.). Le plus grand de ceux-ci était d’une hauteur de 4 à 5 m, mesurait de l’ordre de 325 m de long et 30 m de large ; il se situait dans un vallon protégé du vent dominant.

Ce Pinson est de taille légèrement plus petite et est plus svelte que le Pinson des arbres qui nous est familier ; son plumage est aussi plus clair et contrasté. L’espèce ne niche pas en Belgique, mais dans les forêts septentrionales de conifères et de bouleaux, en Scandinavie et en Sibérie occidentale, mais c’est un hivernant régulier chez nous en petit nombre.

La présence hivernale massive de ces fringilles nordiques à La Hulpe s’explique par la fructification  fructueuse, sans pour autant être exceptionnelle (3), du hêtre en Forêt de Soignes en 2013. Le temps doux, l’absence de neige au sol et cette abondance de faînes, qui constituent en hiver leur aliment de base, ont favorisé ce formidable rassemblement qui les a retenu ici au cours de leur migration vers le sud.

Avant la tombée de la nuit, de plus-ou-moins 16h30 à 17h30 à la mi-janvier (heure d’hiver),  mais plus ou moins tôt en fonction de la quantité de lumière déclinante, d’innombrables vols regroupant ces oiseaux pouvaient être admirés. Venant de tous les horizons, ils convergeaient vers le même lieu pour y passer la nuit. C’est au Parc Solvay que se situait un des meilleurs lieux d’observation pour observer les passages. Des vagues de dizaines, centaines et quelques fois de milliers d’oiseaux défilaient pour s’arrêter au sommet des arbres, se regrouper encore, et puis s’envoler vers leur dortoir. Ces vols mouvants, qui sont comparables à ceux de l’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), changeaient de direction de façon inattendue, s’étalaient et puis se reformaient, ceci sans aucune désorganisation car chaque changement de cap d’un oiseau en tête de vol  est imité par l’ensemble, chacun gardant sa distance par rapport aux autres.

Citons encore Paul Géroudet qui décrit l’arrivée au dortoir : « Arrivées sur les lieux, les multitudes tournoient au-dessus des arbres, exécutent des mouvements collectifs d’une étonnante précision, puis se rassemblent dans les ramures, bientôt encombrées d’une foule et d’une mêlée prodigieuses. Un immense vacarme d’ailes et de cris accompagne ce spectacle écrasant. Enfin, les innombrables prennent leur gîte plus bas et se taisent peu à peu, jusqu’au départ à l’aube ».

C’est ce spectacle qui pouvait être observé à La Hulpe, à ceci près que Paul Géroudet cite des dortoirs bien plus grands. Ainsi, celui établi durant l’hiver 2001-2002 dans les forêts d’Ajoie, en Suisse, était grand d’une population estimée à 9,6 millions d’oiseaux. Il a été remarquablement décrit par Joseph Chalverat (4).

Le spectacle au dortoir, avant le plongeon des pinsons dans le massif des rhododendrons, était rehaussé par la chasse de quelques Faucons pèlerins (Falco peregrinus) et Eperviers d’Europe (Accipiter nisus) qui plongeaient dans les vols, afin de tenter de capturer quelques proies, provoquant leur éclatement et un changement de leur direction. Ces rapaces semblaient décontenancés face à ces vols remaniés qui les empêchaient de repérer et d’isoler une proie. Enfin, la présence de quelques Buses variables  (Buteo buteo) font penser qu’elles se sont sans doute alimentées, elles,  des oiseaux morts tombés au sol la nuit.

Quant aux Rhododendrons, ils étaient maculés de blanc par les déjections de leurs hôtes. Le choix des rhododendrons comme dortoir s’explique probablement par le fait que cet arbuste protège bien ses hôtes : il garde ses feuilles en hiver  et est structuré par de nombreuses branches inextricables, ce qui permet un plus grand regroupement d’oiseaux. Cette forte densité d’oiseaux permet à son tour une meilleure défense face aux éventuels prédateurs et assure une meilleure isolation thermique du groupe.

Le comportement des oiseaux à l’arrivée au dortoir, ainsi que durant la journée, est bien documenté par Joseph Chalverat. Il y explique comment les oiseaux quittent leur dortoir à la levée du jour: « les oiseaux volent d’arbres en arbre et gagnent la lisière, qui se peuple jusqu’à ce qu’elle semble avoir retrouvé son feuillage ».   A La Hulpe, l’envol du matin avait lieu entre 8 h et 8h45 par vols plus diffus, plus bas et plus directs, https://www.viagrasansordonnancefr.com/ comportant moins d’individus par groupe, que les arrivées du soir.

Les journées de ces oiseaux étaient consacrées à la recherche de nourriture en Forêt de Soignes et dans les bois des alentours.

Il semble qu’il y ait eu d’abord, à partir de la mi-décembre 2013,  plusieurs petits dortoirs dans la région. Ensuite, le caractère grégaire de l’espèce et l’effet  d’attraction du groupe, offrant sans doute de meilleures conditions de survie, a eu pour effet de les fusionner progressivement. A la mi-janvier 2014, le dortoir de La Hulpe regroupait  vraisemblablement la grande majorité des  Pinsons du Nord présents au sud de Bruxelles. D’après les lignes de vol des arrivées au dortoir, il regroupait en tous cas les pinsons venant l’ouest de la Forêt de Soignes et du sud de la Chaussée de Bruxelles à La Hulpe ; d’autres pinsons traversaient la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur à hauteur de Hoeilaart. Enfin, les oiseaux en provenance d’une zone couvrant, au nord et à l’est  de La Hulpe,  la forêt allant de Tervueren à Groenendael rejoignaient  le dortoir en suivant le massif forestier et en bifurquant à hauteur de Groenendael pour se diriger vers le site Dolce et puis le Domaine Solvay à La Hulpe, avant de rejoindre leur lieu de repos (5).

Les pinsons ont déserté leur dortoir vers la fin du mois de janvier. Il était complètement vidé de ses occupants le 02 février. Au total le phénomène aura duré 1,5 mois.

Les quelques photos qui illustrent cet article témoignent de ce phénomène remarquable. Elles nous ont aimablement été mises à disposition par Brigitte Chiwy, Damien Hubaut, Eve Josse, Rafaël Pauwels et Stephan Peten.

Des remerciements chaleureux sont adressés à Nicolas Janssen et à sa famille qui ont autorisés le comptage du nombre d’oiseaux, l’observation et la photographie du dortoir.

Emmanuel Verhegghen.

(1) Paul  Géroudet, « Les Passereaux, III Des Pouillots aux https://www.acheterviagrafr24.com/viagra-100mg/ Moineaux », Delachaux et Niestlé S.A. Neuchatel (Suisse), 1972.

(2) Hellin de Wavrin, www.observations.be 07 et 14 janvier 2014.

(3) Jean-François Plumier, Ingénieur-chef de cantonnement, Département Nature et Forêts, communication personnelle.

(4) Joseph Chalverat, « Le Pinson du Nord Fringilla montifringilla L. : un visiteur d’exception dans les forêts d’Ajoie durant l’hiver 2001-2002 ». Sweiz. Z. Forstwes. 154 (2003) 11/449-455

(5) Hellin de Wavrin, communication personnelle.